
Et si on transformait des voies de circulation en parc linéaire? C’est l’idée que propose un groupe d’activistes écologistes d’Ahuntsic-Cartierville dans le cadre d’un concours d’idées pour réduire la place de la voiture en ville. Les citoyens ont jusqu’à la fin du mois d’août pour voter pour cette initiative et démontrer leur adhésion.
Ligne verte Millen serait le lieu d’une classe plein air (où les enfants feraient école à l’extérieur) qui deviendrait une place publique verdoyante quand elle n’est pas occupée par les élèves. Des voitures électriques, des vélos et des remorques partagés. Des bornes de recharges rapides et d’autres aménagements à proximité pour du jardinage urbain. Tout cela installé au milieu d’une zone végétalisée et deux miniforêts sur une rue qui mène directement au parc Ahuntsic.

C’est le projet imaginé par un groupe de militants de Mobilisation environnement Ahuntsic-Cartierville (MEAC). L’idée est de ramener la verdure et la nature sur une portion de la rue Millen envahie par l’asphalte, entre la rue Sauvé et Fleury. L’aménagement devrait faciliter la connexion avec le réseau de transport actif et collectif. Le lieu est à proximité des pistes cyclables, REV et Sauriol, et situé entre deux stations de métro.
Relique du tramway

Il faut savoir que la rue Millen est large, très large. Elle dispose de six voies pour les autos, quatre pour circuler dans les deux sens et une voie de stationnement. C’est carrément une autoroute, bordée de duplex et de triplex.
L’idée est de prendre deux voies sur les six et les réaménager. Cela représente 4000 m2 et ne devrait même pas déranger les résidants qui ont des autos, à entendre les membres du MEAC.
« Beaucoup de propriétaires disposent déjà de stationnements privés. Il resterait une voie de circulation dans chaque sens et une voie de stationnement, ce qui est nettement suffisant », mentionne Gisèle Comtois, une des porte-parole du MEAC et membre du groupe qui a développé ce projet.
Cette rue résidentielle est aussi large parce qu’elle était la route de passage du tramway quand il roulait encore à Montréal. Il emmenait ses voyageurs du boulevard Henri-Bourassa, près de l’actuelle station de métro, jusqu’au centre-ville.
« Le nom Ligne verte Millen a été proposée en référence à l’histoire de ce tramway qui, entre 1894 et 1959, circulait sur cette rue », indique Mme Comtois.
Maintenant que cette idée de verdir une portion de la rue se fait jour, il est tout de même intéressant de se demander pourquoi les autorités avaient décidé à l’époque de livrer les voies libérées aux automobiles. Cela est d’autant plus curieux que la rue n’est ni achalandée comme l’est le boulevard Henri-Bourassa ni empruntée pour servir de voie de transit.
« Je pense que c’est surtout par insouciance. Plus largement à cette époque, toutes les sociétés croyaient qu’elles pouvaient dévorer la planète à l’infini. En Amérique, nous avions tout l’espace désiré. Nous l’avons cédé sans aucun discernement en priorité à l’automobile et en fonction d’elle. Nous n’avions pas conscience des impacts de notre mode de vie. Notre avidité et notre inconscience nous ont conduits aujourd’hui à devoir faire face aux changements climatiques », relève la militante du MEAC.
Une projection
Le projet n’est pas dans les plans de la Ville ou de l’arrondissement. Il a été proposé dans le cadre du concours CASES (Convertir, Aménager, Substituer et faire Évoluer le Stationnement) organisé par le Conseil régional en environnement (CRE) de Montréal.
Le principe est de choisir des espaces de stationnement sur rue ou une aire de stationnement hors rue à Montréal et de proposer sa transformation.
« Le concours offre la possibilité de réfléchir à comment transformer les cases de stationnement qui sont en trop grand nombre pour en faire une ville plus résiliente, à échelle humaine », souligne Mme Comtois.
Selon le CRE de Montréal, la surface cumulée des espaces de stationnement dans la métropole dépasse les 37 km2.
Les projets sont soumis au vote des citoyens jusqu’au 30 août. La Ligne verte Millen fait partie des 16 projets soumis au concours; l’organisme ou le groupe gagnant qui totalisera le plus de votes remportera un prix de 1000 $.
Le MEAC a présenté Ligne verte Millen dans la catégorie Coup de cœur du public. Pour se donner des chances de remporter le concours, l’organisme prépare une large diffusion au marché public d’Ahuntsic le 13 août.
« On espère que le prix pourrait nous aider par la suite pour présenter le projet à la Ville », convient Mme Comtois.
Bien entendu les 1000 $ du concours sont bien insuffisants pour réaliser un tel aménagement, mais le concours servira aussi à donner de la visibilité au projet auprès des citoyens et des élus.
[Rectification : le bas de vignette de la photo d’entête de cet article a été corrigé pour indiquer que la photo a été prise à l’angle Millen/Fleury et non à l’angle Millen/Sauvé, tel qu’indiqué dans la publication initiale.]










