Le journaliste du JDV en entrevue avec Haroun Bouazzi. Photo : Courtoisie Bureau du député de Maurice-Richard

On n’a pas fini d’entendre Haroun Bouazzi. Même s’il ne se représente pas aux élections, le député provincial de Maurice-Richard ne compte pas abandonner la politique pour autant. Dans une rare entrevue où il fait le bilan de son mandat, il explique aussi pourquoi il souhaite continuer à agir ailleurs qu’à l’Assemblée nationale.

C’est un nouveau départ qui attend M. Bouazzi à partir de l’automne, lequel lui permettra certainement d’être plus présent pour ses proches. « Oui, je vais m’occuper de ma famille. C’est vrai. J’ai un garçon qui a six ans et demi », confie-t-il au Journal des voisins (JDV).

Cela étant, sa décision de jeter l’éponge est aussi née d’une réflexion profonde après trois ans de politique parlementaire. Dans la longue lettre, publiée sur les réseaux sociaux, annonçant qu’il terminerait son mandat sans se représenter aux élections, quelques éléments de réponse surgissent. « Je me suis demandé, ces derniers mois, où je pourrais être le plus utile dans ce contexte », écrit-il. Ce contexte, c’est d’abord celui d’une conjoncture internationale empreinte de ce qu’il qualifie de « montée du fascisme ». Puis un climat politique national marqué par des adversaires « qui défendent farouchement l’ordre établi ».

« Retrouver une pleine liberté de parole, y compris à l’intérieur de Québec solidaire sans aucune restriction, je pense que c’est quelque chose de très utile dans le tournant historique que nous sommes en train de vivre », dit-il aussi au JDV. Les partis politiques vivent avec beaucoup de restrictions, selon lui. Des conditions qui l’ont poussé à revoir l’efficacité de son action. Il assure néanmoins qu’il croit toujours à l’utilité des partis politiques. « Je ne suis pas devenu anarchiste tout d’un coup », précise-t-il.

Entre conforts et malaises

 Depuis qu’il a été élu, il estime par ailleurs qu’il n’a pas été en opposition avec la ligne de parti de Québec solidaire. Quand il était en désaccord avec sa formation politique, il ne s’exprimait tout simplement pas.

Sur une note plus personnelle, M. Bouazzi décrit un milieu politique pour le moins troublant. « L’Assemblée nationale est un espace toxique, où tout ce que je dis à mon fils de six ans de ne pas faire – mentir, manipuler, intimider – fait partie du quotidien », affirme-t-il. Il croit qu’on ne peut pas être heureux dans un contexte comme celui de l’institution parlementaire.

Toutefois, il affirme s’être senti à sa place durant les trois années de mandat qui viennent de s’écouler. Il a pu exprimer ses points de vue, ses analyses et ses critiques, et il a défendu des causes devant les autres élus. « J’ai mené de grosses luttes, et j’estime qu’elles valaient toutes le coup d’être engagées. Il y en a un certain nombre qu’on a gagné. Et d’autres qui se sont moins bien passées. »

Quel que soit le secteur où il se retrouvera – il est toujours en réflexion à ce sujet –, il maintient qu’il continuera de mener des combats politiques. « Ma vie a un sens politique continu », résume-t-il. Avant d’être député, Haroun a été coprésident de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec (AMAL-Québec). Avant cela, il s’était engagé pour exiger du Canada le gel des avoirs des dirigeants tunisiens liés à la dictature de Ben Ali. Il avait également travaillé avec le gouvernement Couillard pour la mise en place de politiques de lutte contre l’islamophobie. « De toute façon, je ne saurais pas faire autre chose. Je suis engagé en politique depuis 40 ans. »

Une femme pour QS

 Ce sera une femme qui portera les couleurs de Québec solidaire dans Maurice-Richard. C’est la décision du parti de présenter des femmes dans les circonscriptions afin de rétablir la parité au sein du caucus. Sa successeure n’est pas encore connue, et il y aura probablement une investiture dans la circonscription. « Je sais que plusieurs personnes réfléchissent à se présenter », dit-il au JDV. Par ailleurs, le comité de coordination local de QS à Ahuntsic se porterait bien et se préparerait surtout à organiser cette investiture.

Un bilan

Haroun Bouazzi a tenté de faire un bilan objectif de ses trois ans comme député.

Sur le plan local, il cite le travail mené pour maintenir en place les organismes du centre communautaire de Solidarité Ahuntsic, sur la rue Laverdure. Le propriétaire, le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), souhaitait reprendre cette ancienne école pour en faire un centre de francisation pour adultes.

« On a quand même travaillé fort. On a arrêté des ministres dans les ascenseurs pour leur donner des dossiers en mains propres », raconte-t-il. Une démarche insistante pour faire jouer tous les rouages, même si, au bout du compte, c’est une décision de justice qui a assuré le maintien des organismes communautaires dans leurs locaux.

« Il y avait un arbitrage à faire, et c’est normalement le travail des ministres », observe M. Bouazzi. Dans son jugement, le tribunal a d’ailleurs souligné qu’il se trouvait dans une situation inconfortable : « À cet égard, il ne revient pas au pouvoir judiciaire de s’attribuer la difficile tâche d’identifier un ordre de collocation des priorités sociétales. »

Haroun mentionne aussi son insistance à l’égard des travaux de réfection de l’école Sophie-Barat. En ce qui concerne le développement du site Louvain, il aurait en outre souhaité que les coopératives d’habitation qu’il a défendues obtiennent des terrains. Il rappelle enfin qu’il a été cosignataire, avec les élus des autres paliers de gouvernement, d’une lettre adressée à Hydro-Québec visant à soutenir l’aménagement d’une promenade riveraine le long de la rivière des Prairies dans le cadre du grand chantier que l’entreprise doit mener pour renforcer un mur de soutènement en rive.

Cet article a été publié dans la version papier du JDV de février 2026.

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